Livre La Végétarienne d'Han Kang
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Littérature coréenne: la Végétarienne d’Han Kang

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Depuis que j’ai commencé mes études de coréen, j’ai beaucoup entendu parler d’Han Kang. Que ce soit par le biais d’amis coréens, de mes professeurs ou de mes camarades de promo… Cette prodigieuse romancière fut un sujet de conversation récurrent dans ma vie d’étudiante. Je me rappelle surtout d’elle comme l’une des 10 000 artistes et grands auteurs recensés sur la liste noire des opposants au gouvernement pendant la présidence de Park Geun-hye. Aussi, quand j’ai découvert qu’Han Kang était au programme de mes cours de littérature de cette année, je me suis plongée dans la Végétarienne avec beaucoup de curiosité. Voici ce que dit Babelio à propos de cet ouvrage:

Une nuit, elle se réveille et va au réfrigérateur, qu’elle vide de toute la viande qu’il contient. Guidée par son rêve, Yonghye a désormais un but : devenir végétale, se perdre dans l’existence lente et inaccessible des arbres et des plantes. Ce dépouillement qui devient le sens de sa vie, le pouvoir érotique, floral, de sa nudité vont faire voler en éclats les règles de la société, dans une lente descente vers la folie et l’absolu.

Une très troublante fable. Olivier Barrot, « Un livre, un jour ».

Mon avis sur le livre La Végétarienne

Pour être honnête, j’ai eu du mal à venir à bout de ce livre. L’écriture est fluide, un brin poétique voire sensuelle par moment… Mais dépersonnalisée, car s’adaptant aux différentes voix narratrices. En effet, le roman est découpé en trois nouvelles : on plonge dans l’histoire à travers le regard terre-à-terre du mari, puis on suit l’évolution de l’état de Yonghye à travers la vision fantasmée de son beau-frère, pour enfin finir sur une note plus féminine avec le point de vue de sa sœur. Le curieux cocktail sexe – violence a beaucoup surpris les critiques littéraires, et en effet en lisant le titre on ne s’attend pas à ce que l’enjeu de ce livre dépasse le choix d’un mode d’alimentation.

La Végétarienne est un ouvrage que certains qualifient de féministe. Pour ma part, je suis sur la réserve. Certes, la Végétarienne raconte le parcours d’une femme qui parvient à se libérer d’une société patriarcale, quitte à en payer le prix fort. Les hommes sont présentés comme violents, médiocres, comme des agresseurs. Le père (un militaire retraité) violente physiquement l’héroïne, le mari de celle-ci abuse d’elle sexuellement et son beau-frère profitera de son « détachement » pour avoir des relations sexuelles avec elle. Seule la sœur de l’héroïne restera à ses côtés jusqu’à la dernière page, seule elle ressent véritablement de l’empathie par rapport à sa situation. C’est l’unique personnage qui ne fera pas usage de la force envers elle. Cependant j’ai du mal avec ce « féminisme » passif. Les actes de ces hommes qui sous-estiment, utilisent les femmes et les modèlent à leurs envies ne sont à aucun moment réellement condamnés, tout au plus font-ils l’objet d’une satire.

Pour moi, la Végétarienne est surtout une ode à la liberté. Sous la coupe d’un mari égoïste et très soucieux des conventions sociales, la volonté de notre héroïne d’échapper à sa condition d’épouse, de femme docile et soumise (à la fois à son mari et à ses parents) est plus forte que tout. A travers sa métamorphose vers le végétal, elle échappe à la pression familiale. Son entourage pense qu’elle se flétrit à cause de son régime alimentaire mais je pense plutôt qu’elle est dévorée de l’intérieur par ses traumatismes et les diktats de cette société coréenne qui vont à l’encontre de ses envies.

Je conseille La Végétarienne à qui ?

Les lecteurs chevronnés. J’ai beaucoup discuté de ce livre et du message qu’Han Kang souhaitait faire passer avec mes camarades de promo et mes amis lecteurs. J’ai l’impression qu’il faut s’y reprendre à deux fois pour vraiment comprendre l’intérêt de ce livre, et qu’il est aisé de se perdre dans des interprétations trop superficielles. De plus, le style d’écriture n’aide pas forcément à accrocher – surtout au début où l’on pénètre dans l’histoire via le point de vue du mari, hautement méprisable dès la première page.

Cela dit, il paraît que c’est le « meilleur roman » d’Han Kang, ou du moins l’une de ses œuvres les plus incontournables…

Si après avoir lu ceci tu as envie de te lancer dans cette aventure livresque qu’est la Végétarienne, saches que tu peux te procurer ce livre ici ou ici.

N’hésite pas à me dire en commentaires si tu as déjà lu ce livre (et si oui, ce que tu en as pensé) ou si tu es tenté de le faire !

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Etudiante en coréen et communication le jour, serial collectionneuse d'enlumineurs la nuit.... Skincare et makeup nerd, féministe et grande lectrice. Meuf sympa.

2 thoughts on “Littérature coréenne: la Végétarienne d’Han Kang”

  1. J’ai lu ce livre il y a quelques mois et il m’a beaucoup marquée par son style et le sentiment de malaise que j’ai eu en le lisant. C’est rare qu’un roman fasse cet effet en si peu de lignes, et rien que pour cette raison j’en recommande la lecture, c’est une expérience !
    Pour le côté féministe, je n’y avais pas pensé, et je partage ton opinion. Pour moi c’est plus une critique de la société coréenne dans son ensemble, en plus de parler du glissement vers la folie.

    1. Le malaise était également au rendez-vous de mon côté, je te l’avoue… Après, chacun peut interpréter différemment le message qu’a voulu faire passer Han Kang -et ce n’est pas une mauvaise chose, ça peut créer des débats intéressants 😉

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