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FOSTA : les travailleuses du sexe en colère contre Trump

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Je t’avais énormément teasé cet article sur mes réseaux sociaux, sparkly baby, et en effet, il me tient énormément à cœur. J’avais déjà écrit sur les stages de sensibilisation pour les clients des travailleuses du sexe, mais les événements de ces derniers mois m’ont poussée à prendre à nouveau la plume – ou plutôt à me pencher à nouveau sur mon clavier.

En effet, le 21 mars dernier, Trump a validé deux lois concernant le travail du sexe : les lois FOSTA et SESTA. Focus sur ces lois et leurs conséquences vis-à-vis des concernés. 

Que signifient FOSTA et SESTA ?

FOSTA et SESTA sont des acronymes, signifiant respectivement Fight Online Sex Trafficking Act et Stop Enabling Sex Traffickers Act. Il s’agit donc (comme ceux qui ne sont pas fâchés avec l’anglais l’auront compris) de lutter contre le trafic sexuel en ligne. À première vue, ces lois paraissent tout à fait justifiées puisque le trafic sexuel fait des ravages au Etats-Unis et que les associations d’abolitionnistes sont particulièrement véhémentes sur le sujet.

Concrètement, qu’apporteront les lois FOSTA et SESTA ?

Jusqu’au 21 mars dernier, les propriétaires de plateformes sociales n’étaient pas jugés en cas de trafic sexuel, dans le cadre de la section 230 (pas de panique, je t’ai mis un lien en fin d’article qui revient sur le rôle de la section 230). En effet, ils n’étaient pas considérés comme responsables du contenu publié sur leur plateforme. Avec les lois FOSTA et SESTA, censées lutter contre le trafic sexuel en ligne, les plateformes sociales ont désormais l’obligation de contrôler leur contenu pour ne pas faire face à des conséquences juridiques.  

Trump signant les lois FOSTA et SESTA

Trump signant la loi FOSTA
Crédit photo : REUTERS / Kevin Lamarque

Trump signant les lois FOSTA et SESTA

Quelles sont les conséquences directes des lois FOSTA et SESTA ?

Les plateformes sociales ont pris le parti d’imposer des restrictions plus strictes à leurs utilisateurs, plutôt que de faire de la modération (ce qui est compréhensible : il s’agit d’un incroyable gain de temps). Donc :

  • Le site de petites annonces Backpage a été fermé
  • Les réseaux sociaux Twitter et Instagram bannissent des comptes liés au travail du sexe
  • Reddit a fermé les pages relatives au travail du sexe (escorting, sugar bowl)
  • Le réseau social Switter a été momentanément banni par le proxy Cloudfare

Trump signant les lois FOSTA et SESTA

Les sites qui servaient auparavant d’annonceurs aux travailleuses du sexe (une grande majorité d’indépendantes) sont donc fermés, ou menacés de disparaître à tout moment. Les réseaux sociaux qui permettaient aux travailleuses du sexe d’échanger sur les clients à risque ou sur leurs méthodes de screening (ou de manière générale, pour s’entraider) ont disparu ou suspendent les comptes des concernées. 

Les travailleuses du sexe tentent à présent de continuer à communiquer sur d’autres plateformes (que, pour des raisons évidentes, je ne citerai pas ici), mais le mal est déjà fait. 

En validant les lois FOSTA et SESTA, Trump a fait perdre une grande source de revenus aux travailleuses du sexe (leur principale source de revenus pour certaines), et les empêche de communiquer au mieux avec leurs semblables.

Voici les possibilités qui s’offrent aux travailleuses du sexe à présent :

  • Passer en agence et donc accepter un revenu moins important, ainsi que des conditions de travail plus ou moins bonnes. C’est aussi accepter que des intermédiaires se chargent du screening, le processus qui consiste à vérifier le background des clients (casier judiciaire, entre autres). Ces travailleuses du sexe vont donc devoir mettre leur vie entre les mains de ces intermédiaires, alors qu’elles ignorent tout de leurs critères de screening.
  • Descendre sur le trottoir, ou accepter de repasser sous la coupe d’anciens proxénètes, qui ont un réseau plus important et peuvent leur assurer une clientèle plus régulière. Mais les conditions de travail, encore une fois, sont incertaines et varient d’une travailleuse du sexe à une autre.

En bref, ça donne quoi ?

On prive les travailleuses du sexe de moyens de communication, de moyens de se protéger. Elles vont donc accepter des conditions de travail moins bonnes, risquer encore plus leur vie, accepter des offres qu’elles n’auraient jamais accepté avant (relation sexuelle non-protégée, par exemple, comme c’est de plus en plus le cas en France).

Auparavant, les réseaux sociaux leur permettaient d’échanger sur les prédateurs sexuels et les serial killers qui sévissaient dans leur région. Les informations sur les clients potentiellement à risque vont donc moins bien circuler. On peut donc dire avec certitude que ces lois vont engendrer plus de violences de la part des clients, plus de meurtres, sans parler des suicides. Moins d’une semaine après la fermeture de Backpage, le nombre de travailleuses du sexe tuées et portées disparues avait déjà augmenté significativement. Je rappelle que l’ouverture d’une rubrique érotique Craiglist à destination des habitants de Chicago avait permis de baisser le pourcentage d’homicides commis sur des femmes de 17.4%.

Le travail du sexe en France également impacté

En France, les travailleuses du sexe sont également dans une position de plus en plus délicate. En effet, le site de petites annonces Vivastreet a fermé sa rubrique « Rencontres » le 18 juin 2018 et une information judiciaire visant à déterminer si Vivastreet est bien coupable de « proxénétisme aggravé » a été ouverte.

Vivastreet était l’une des principales sources de revenus des travailleuses du sexe l’utilisant dans un cadre professionnel.

Le site Vivastreet placé sous information judiciaire et impacté indirectement par la loi FOSTA

Ce qui m’inquiète, personnellement, au-delà des conséquences dramatiques que vont engendrer ces mesures aux Etats-Unis et en France (je rappelle qu’il est question de vie ou de mort dans certains cas), c’est le silence médiatique qui a suivi ces « réformes ». Je n’ai vu aucun média français décrypter les lois FOSTA et SESTA, ou même les évoquer vaguement; et pourtant, la veille informationnelle ça me connaît ok si, deux blogs dont le taux de crédibilité n’est pas énorme et dont l’audience ne doit pas être bien énorme non plus.

Les travailleuses du sexe crèvent dans l’ombre, et alors qu’on les pense marginalisées à l’extrême elles sont aujourd’hui encore plus ostracisées qu’il y a quelques mois. Et tout le monde s’en branle ok ce jeu de mot était sans doute de trop.

Non seulement les lois FOSTA et SESTA ne vont avoir aucune conséquence sur le trafic sexuel en ligne, mais ces lois vont pousser des travailleuses du sexe indépendantes à se raccrocher à un proxénète ou une agence. Paradoxal, n’est-ce pas ?

Pour aller plus loin :

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Etudiante en coréen et communication le jour, serial collectionneuse d'enlumineurs la nuit.... Skincare et makeup nerd, féministe et grande lectrice. Meuf sympa.

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